Adekan : le seinen « nouvelle vague » selon Tsukiji Nao
Basé sur la série : AdekanSuivez les enquêtes fantasques d'un duo que tout oppose !
Dans une grande ville du début du 20e siècle, Shiro le fabricant de parapluies et Kojirô le lieutenant de police sont confrontés à des affaires tout sauf normales... Assassinats de beaux jeunes hommes, enlèvements en série d'enfants, apparitions irréelles... Des bas-fonds jusqu'aux riches avenues, la ville vibre de mystères... parfois sanglants !
Tandis que Kojirô mène l'enquête, Shiro y est toujours mêlé d'une façon ou d'une autre et leur association ne manque pas de piquant ! Guidé par un sens aigu de la justice, Kojirô ne supporte pas le laisser-aller, tandis que Shiro est plutôt du genre dandy languide. Toutefois, ce dernier est aussi un combattant hors-pair, bientôt rattrapé par son passé... Quels mystères renferme son insaisissable personnalité ?
Un seinen étonnant signé par Tsukiji Nao, dont c'est la première série publiée en France !
Un duo de héros irrésistibles et surprenants
Le dessin riche de détails, à la fois gracieux et nerveux, est complètement personnel à l'auteure
Un récit d'action et de mystères « nouvelle vague »
Adekan révèle une auteure talentueuse, à l'aise dans n'importe quel registre : Tsukiji Nao. Retenez bien son nom !
Premier titre à paraître aux éditions Ototo, Adekan inaugure les lieux de fort belle manière. Ce seinen s'avère en effet d'une richesse captivante et son auteure, Tsukiji Nao, réalise ici un joli tour de force : tenir le pari d'un récit d'enquêtes et de mystères aussi atmosphérique que turbulent, constamment surprenant !
Meurtres, mystères et illusions
Imaginez le Japon à une date indéfinie, qui ressemble à celui du début du 20e siècle, peu avant la fin de l'ère Meiji. Dans une ville labyrinthique encore imprégnée des croyances d'autrefois, les rues abondent d'histoires étranges et fantasques mais aussi de mauvaises intentions, qui hantent des hommes et des femmes bien réels. Geishas, artistes, domestiques, policiers, voyous et artisans se croisent sur le pavé des artères bondées et des ruelles. Dans Adekan, la ville palpite et semble murmurer à l'oreille du lecteur : plus qu'un décor, c'est un personnage à part entière... Telle est la scène du petit théâtre de papier érigé de main de (jeune) maître par Tsukiji Nao, dont le graphisme à la fois gracieux et sec, nerveux même, nous entraîne dans un univers original et inspiré.
Un univers où nos deux héros Kojirô Yamada et Shiro Yoshiwara se retrouvent régulièrement mêlés à des affaires singulières. Kojirô parce qu'il est un lieutenant de police zélé, Shiro parce qu'il attire les ennuis comme les femmes : de façon irrésistible ! Tous deux ne se connaissaient pas au début de cette histoire et dès leur rencontre, Kojirô ne peut s'empêcher d'agir comme un grand frère envers Shiro, de le protéger et de « parfaire l'éducation » de ce dandy négligé qui mange encore avec ses doigts !
Mais le longiligne jeune homme révèle vite des talents meurtriers et une personnalité complexe... A t-il seulement besoin d'être protégé ? Rien de moins sûr...
Un seinen « nouvelle vague », héritier de Clamp
Quoi qu'il en soit, ils n'ont pas le temps de s'ennuyer et ont maille à partir avec la pègre locale, les légendes urbaines, de jolies suspectes, une « femme chat » ou encore une étrange créature canine... Tsukiji Nao adopte ici le format « un chapitre = une enquête », qui convient bien au genre « polar fantastique » dans lequel s'inscrit cette série. L'auteure renoue ainsi avec une certaine tradition nippone de l'histoire courte horrifique / énigmatique, popularisée par le feuilleton littéraire puis par le manga.
Si ce type de récit est assez « old-school », Tsukiji Nao lui applique en revanche un traitement moderne, qui tient carrément de la « nouvelle vague », une vague menée par des auteures qui ont parfaitement digéré les codes du shônen et du seinen, mais qui ne sont pas de grandes amatrices de shôjo. Leur terrain de prédilection : le récit d'action-aventure, aussi bien destiné aux filles qu'aux garçons. De fait, si Adekan porte une empreinte résolument féminine, ce manga ne ressemble en rien à un shôjo : la narration, le découpage et les idées sombres parsemant le récit sont complètement seinen.
Fait qui n'est pas anodin, Adekan est publié au Japon dans le magazine Wings des éditions Shinshokan. C'est dans cette revue mensuelle que les Japonais(es) ont découvert les Clamp en 1989, avec RG Veda. Et qu'est-ce que RG Veda, sinon un pionnier du « seinen unisexe », ces titres qui transcendent les catégories et réunissent lecteurs et lectrices, âgé(e)s de 14 à 41 ans? Deux décennies plus tard, Adekan s'inscrit dans cette filiation, et s'affirme au passage comme l'un des nouveaux fers de lance de Wings !
Quand action rime avec raffinement
Dessiné avec une grande délicatesse, Adekan inflige en fait une morsure envenimée à ses lecteurs. Car défilent en ces pages des passions perverses et parfois cruelles, celles qui nourrissent les recoins sombres de l'âme. Tsukiji Nao fait ici preuve d'un double talent d'écriture : des traits d'humour fulgurants et d'une décontraction totale qui contrastent avec les ambiances mélancoliques de matins d'hiver qui nimbent le récit, et une imagination sans bornes pour camper les personnages secondaires. Souvent égarés et torturés, toujours complexes, on se surprend à s'attacher à certains d'entre eux tant ils n'ont rien à voir avec les clichés ordinaires, telle cette jeune esclave sans mains qui se métamorphosera en papillon avec l'aide de Shiro.
Tsukiji Nao assure en tous cas une diversité épatante d'un chapitre à l'autre, tant au niveau des idées de scénario et de protagonistes que de la façon de les mettre en scène. Si la série exploite un angle psychologique, elle ne verse pas vraiment dans le thriller cérébral. Au contraire, l'auteure affectionne laisser parler les armes ! Cela sans jamais se départir d'un trait gracieux qui sublime littéralement les scènes d'action en des planches composées comme des tableaux, où le mouvement se fige en instants de toute beauté.
Un duo de héros irrésistibles !
La relation entre Shiro et Kojiro sert de fil rouge entre les enquêtes et ces deux-là ne quittent jamais le devant de la scène. Mieux, c'est au cœur de l'action que les personnages se révèlent : Tsukiji Nao a juste tout compris en matière de narration et accouche de scénarios qui mettent toujours en valeur – et en mouvement, c'est important – les sentiments de ses protagonistes.
Le duo Shiro / Kojirô fonctionne quant à lui à merveille. Leurs personnalités sont bien trouvées et ils assurent un sacré spectacle, entre amitié musclée, grands moments d'humour (imaginez-donc la tête du psychorigide Kojirô quand son comparse oublie d'enfiler des sous-vêtements !) et méfiance réciproque. Car ils apprennent doucement à se connaître et si Kojirô est un policier franc et courageux taillé dans un seul bloc, Shiro a une personnalité trouble voire sulfureuse, qui dissimule un passé tourmenté. A la fois dandy mal élevé, artiste-artisan aux goûts étranges (ses créations, des parapluies, n'ont pas grand-chose de conventionnel) et combattant hors-pair, Shiro est un personnage complexe et véritablement fascinant. Sans oublier que c'est par son biais que l'auteure s'amuse librement avec les codes du boy's love, imposant à Kojirô quelques moments de gêne tout simplement hilarants !
En somme, pour la seconde série de sa courte carrière, Tsukiji Nao fait fort, très fort, en se réappropriant pleinement de multiples sous-genres qui apportent une richesse insoupçonnée à Adekan. Tout à la fois polar historique et fantastique, comédie de mœurs, thriller turbulent et réflexion sans prétentions sur la nature humaine, Adekan n'a aucune peine à passionner, chapitre après chapitre.
ADEKAN 1 © TSUKIJI NAO 2008




